Demande
de retrait de la délibération CNIL n°97-097 du 25/11/1997
lettre
à Monsieur J. FAUVET, président de la CNIL
Ligue
des Droits de l'Homme
Collectif Informatique, Fichiers et Citoyenneté
Collectif pour les droits des citoyens face à l'informatisation de l'action
sociale
Paris, le 22/01/1998
Monsieur le Président,
Nous avons pris connaissance de la délibération de la CNIL n° 97-097 du 25/11/1997, relative à la gestion informatisée de laide sociale à lenfance et de laction sociale de terrain (ANIS-ASE) du département de lAin.
Nous vous demandons explicitement le retrait de cette délibération pour les motifs suivants.
Cette délibération prévoit notamment la possibilité dutiliser dans le traitement des « informations nominatives relatives à la nature des difficultés rencontrées par les personnes suivies, de leurs potentialités, ainsi quà la définition des objectifs à atteindre et à leur évaluation ».
Ces informations consistent en des « indicateurs », « selon une nomenclature de codes communiquées à la commission ». La délibération mentionne à ce sujet « le caractère subjectif de certaines codifications » et indique que lexploitation par le conseil général de ces statistiques « ne peut constituer un instrument de mesure de lactivité des travailleurs sociaux et des caractéristiques de la populations suivie ».
Cette délibération autorise ainsi « les personnels directement concernés par le dossier » à utiliser des grilles de codes portant sur le comportement et les murs des personnes (leurs « difficultés », leurs « potentialités ») où se trouvent certaines appréciations dune grande subjectivité. Il sagit par exemple de : « difficulté rôle éducatif et parental », « difficulté intégration sociale », « état dépend. (exprimé/reconnu) », « accident de la vie privée », « difficulté psychologique », « capacité à établir de liens affectifs », « capacité à donner des repères éducatifs », « capacité personnelle-autonomie », « capacité personnelle-sadapter », « capacité personnelle-motivation ».
Les objectifs à atteindre dans le travail avec les usagers concernés sont aussi codifiés, par exemple : « améliorer les capacités relationnelles », « améliorer les liens familiaux », « engagement de la personne-prendre conscience de la réalité », etc. Ces codifications sont utilisées sur un mode binaire (coché/non coché ou oui/non, etc.).
Certaines données recueillies
sont indiscutablement des données sensibles :
- soit directement
: « état dépend. (exprimé/reconnu) », «
difficulté psychologique », données relatives
à la santé ;
- soit indirectement
: « difficulté intégration sociale », «
refus de fréquenter la cantine », données pouvant
induire un jugement sur des comportements.
Elles peuvent
même, suivant les usages qui pourraient en être faits, se révéler discriminatoires.
Malgré certaines précautions indiquées dans la délibération (nature facultative de la saisie de ces informations, création, consultation ou modification de ces données par les personnels directement concernés par le dossier, non pertinence de lutilisation de ces données aux fins de mesurer les caractéristiques de la population suivie), la décision dautoriser lutilisation de ces codifications dans la pratique courante des services sociaux et médico-sociaux dun département a méconnu le caractère non pertinent et excessif des données ainsi recueillies, eu égard à la finalité déclarée, à savoir : « gestion de laction sociale départementale (aide sociale à lenfance et action sociale de terrain) ».
Pour ces motifs, la délibération en question nous apparaît contraire aux dispositions de la loi informatique et libertés (notamment art. 2, 20 et 31), ainsi quà la jurisprudence constamment développée par la commission depuis 20 ans.
Dune part, nous vous demandons le retrait pur et simple de la délibération CNIL n° 97-097 du 25/11/1997.
Dautre part, compte tenu des échéances rapprochées dexamen de dossiers similaires par la commission, nous souhaiterions que vous nous receviez dans les meilleurs délais.
Nous vous prions dagréer, Monsieur le Président, lexpression de notre considération distinguée.
Alain Weber
(Ligue des Droits de l'Homme)
Pierre
Suesser (Collectif pour les droits des citoyens face à l'informatisation
de l'action sociale)
Daniel
Naulleau (Collectif Informatique, Fichiers et Citoyenneté)