Pour une solution alternative à lutilisation du NIR pour linterconnexion des fichiers fiscaux et de sécurité sociale en vue de lutter contre la fraude fiscale et la fraude aux prestations sociales
Ligue
des Droits de l'Homme
Collectif Informatique, Fichiers et Citoyenneté
Collectif pour les droits des citoyens face à l'informatisation de l'action
sociale
Collectif des associations et des syndicats contre la connexion des fichiers
fiscaux et sociaux
Le texte ci-dessous vous est proposé pour alimenter le débat suscité par l'emploi du NIR, utilisez l'adresse électronique mise à votre disposition pour nous adresser vos commentaires et vos propositions.
La
problématique
Les propositions
Deux projets de lois successifs, à 18
mois dintervalle, lun sous le gouvernement Juppé, lautre sous
le gouvernement Jospin, ont relancé le débat sur lutilisation du NIR (ou
numéro INSEE) comme élément didentification des personnes pour linterconnexion
des fichiers fiscaux et de sécurité sociale en vue de lutter contre la fraude fiscale
et la fraude aux prestations sociales.
Très tôt, avant lextraordinaire montée en puissance de lInformatique ces dernières années, les pays européens se sont dotés dune Loi Informatique et Liberté et dune Autorité Nationale chargée de veiller à son application et dempêcher les atteintes à la vie privée, à la liberté individuelle, voire une dérive autoritaire, que pourrait entraîner une utilisation sans limite de ce type de technologie, incompatible avec notre idéal de société démocratique.
En France, ce fut le vif émoi soulevé vers le milieu des années 70 par le projet SAFARI qui mit le feu aux poudres. Ses promoteurs pensaient alors pouvoir résoudre de façon rationnelle les rapports entre les services publics et les administrés par lutilisation systématique du NIR (ou numéro INSEE), matricule attribué à chaque individu, que tout citoyen devait présenter pour sidentifier sans ambiguïté dans ses rapports avec lAdministration.
Le choix du NIR comme identifiant national nétait pas non des plus heureux : loin dêtre anonyme, neutre, ce numéro est structuré de telle sorte que lidentité, létat-civil de la personne peut se déduire sans trop de difficultés. Durant la dernière guerre, une position du NIR fut même utilisée pour identifier les personnes dorigine juive.
Pourtant, vingt ans après la Loi Informatique et Liberté, alors que lon pensait laffaire définitivement réglée, les mêmes peurs subsistent et les menaces réapparaissent à lhorizon.
Pourquoi nous sentons nous bien moins armés pour défendre les acquis de nos prédécesseurs de 78 ?
Largumentation présentée par les promoteurs de SAFARI, linformatique présentée comme facteur déterminant de rationalisation, de diminution des coûts, nétait pas dénuée de tout fondement. Quand il sagit des deniers des services publics, cest à dire finalement les nôtres, ces arguments de « bonne gestion », de chasse aux « gaspis », ne peuvent laisser insensibles, surtout en période de difficultés économiques. Ce qui avait semé leffroi de SAFARI dans les années 70 et qui avait finalement causé son rejet, cétait son caractère dutilisation systématique qui pouvait laisser craindre un encadrement intolérable de la population par lAdministration.
Au lieu dattaquer de front, comme la loi de 78 linterdit désormais, cest par petits pas, secteur par secteur, que depuis 20 ans les successeurs des promoteurs de SAFARI ont procédé. Dès lors que dans le cadre dun projet ciblé, lutilisation du NIR présentait un intérêt incontestable sur le plan dune meilleure rationalisation, dune plus grande commodité dutilisation, la CNIL ne trouvait aucune objection à son emploi, ce qui par un phénomène de capillarité a entraîné sa propagation, jusquici encore limitée à la seule sphère sécurité sociale/gestion des salariés. Mais dans une société comme la nôtre, en France ou en Europe, le choix collectif est celui dune société de solidarité dans lequel lEtat joue un rôle central darbitrage et la sphère sécurité sociale/gestion des salariés a pris une extension considérable. Ainsi tout un secteur crucial, lun de ceux qui probablement touche le plus les milieux défavorisés ou les moins armés, est déjà quadrillé. Aurait-on pu léviter ? Peut-être, mais il serait trop facile de refaire lHistoire, essayons au moins de ménager le futur.
Létape suivante de cette stratégie de grignotage est claire.
Depuis quelques années, comme il la été dit, que ce soit venant de la Droite ou de la Gauche, fleurissent les thème sur la lutte contre la fraude fiscale et la fraude aux prestations sociales. Techniquement, selon leurs promoteurs, la détection des fraudes serait obtenue par le croisement des fichiers fiscaux et ceux du secteur social sur la base dun identifiant commun, le NIR.
Ce thème généreux dispose dune large audience, mais pour des motifs complètement opposés selon les groupes dintérêt, chaque groupe soupçonnant les autres de frauder : les « petits gens » contre les « gros poissons » qui dissimulent leurs revenus, « planquent » leurs avoirs à lEtranger, les autres contre les « RMIstes » qui travaillent au noir, perçoivent plusieurs prestations sociales, les citadins contre les agriculteurs, les français contre les immigrés etc ... Sans parler du groupe des hauts-fonctionnaires pour lesquels un sou est un sou et pour qui tout doit être contrôlé pour des raisons de principe.
Sur ce terrain de la lutte contre la fraude, les défenseurs de la liberté individuelle se trouvent mal à laise, car eux aussi sont partisans de la lutte contre la fraude, pour autant que des méthodes acceptables soient mises en oeuvre. Ils ont bien conscience qu'une fois ces deux forteresses investies, le secteur sécurité sociale/gestion des salariés et celui des impôts, plus rien ne sopposera ensuite à la diffusion générale du NIR : après tout, pourquoi lEducation nationale ne contrôlerait-elle pas les conditions dattribution de ses bourses par ce procédé ? Et le contrôle de lattribution des logements sociaux et pourquoi pas linscription sur la carte didentité, ce qui sera le plus sûr moyen de diffuser le NIR ?
Et soyons alors plus radical : en létat, une interconnexion entre les fichiers fiscaux et ceux de la sécurité sociale permettrait surtout de surveiller les « petits », mais pour les autres, ceux des couches sociales plus aisées, il faudrait être tout aussi impitoyable et suivre la même logique, cest à dire utiliser le NIR pour identifier chaque transaction, chaque distribution de revenu : vente dappartements, dobjets dart, dactions, dobligations, distribution de prime dassurance, gains boursiers etc ...., bref, tout ce qui est susceptible daugmenter le revenu dun particulier ?
Face à ces assauts récurrents et qui
pourraient rencontrer une apparence de consensus politique pouvant impressionner
l'opinion publique, il est temps que les défenseurs de la vie privée et des
Libertés se mobilisent pour montrer, comme en 78, que lutilisation généralisée
du NIR nest pas inéluctable et que dautres solutions techniques
sont plus acceptables et tout aussi efficaces pour lutter contre la fraude fiscale
et la fraude aux prestations sociales.
Un appel à contribution est lancé. Il est demandé à toutes les personnes intéressées par cette question, en particulier aux informaticiens et statisticiens, de participer à ce vaste débat.
Pour lancer la discussion, quelques propositions sont suggérées ci-dessous :
Personnes ressources - Ligue des Droits de l'Homme - Septembre 1998