Non au numéro dinsécurité sociale !
Ligue
des Droits de l'Homme
Collectif Informatique, Fichiers et Citoyenneté
Collectif pour les droits des citoyens face à l'informatisation de l'action
sociale
Collectif des associations et des syndicats contre la connexion des fichiers
fiscaux et sociaux
Le 10 décembre 1998
Monsieur le Premier Ministre, quavez-vous fait de cette large concertation que vous nous promettiez dans votre lettre du 19 août 1997 ?
En réponse à nos préoccupations concernant linterconnexion des fichiers fiscaux et sociaux au moyen du numéro de sécurité sociale, vous écriviez : « ... la mesure qui fait lobjet de vos préoccupations figurait dans un projet de loi que la dissolution de lAssemblée Nationale a rendu caduc (....). La préparation du projet de loi qui transposera la directive européenne n°95/46 du 24 octobre 1995 fournira aux Pouvoirs Publics et notamment au Parlement loccasion dune réflexion densemble sur la protection des données à caractère personnel. Cette démarche sera précédée dune large concertation permettant lexpression de divers points de vue à ce sujet. »
Alors que votre gouvernement sest saisi dun amendement autorisant le fisc à utiliser le numéro de sécurité sociale pour interconnecter les fichiers fiscaux et sociaux, auriez-vous oublié SAFARI, ce projet de même inspiration il y a 25 ans, dont Monsieur Fauvet, président de la CNIL rappelait récemment, dans un point de vue au Monde, quil avait conduit après un vaste mouvement de lopinion publique à ladoption de la loi informatique et libertés et à la création de la CNIL ? Il sagissait alors d« éviter que les citoyens ne soient identifiés par un numéro unique, commun à diverses administrations, qui rendrait possible toutes les interconnexions de fichiers, celles qui sont légitimes et celles qui le seraient moins ».
Comment pouvez-vous cautionner lexamen et ladoption dune telle disposition, en catimini, sans aucun débat public ? Est-ce là cette « large concertation » que vous nous promettiez ?
Pourtant, la révision de la loi informatique et libertés prévue dici quelques mois offrait loccasion dun tel débat devant et avec lensemble de la société, conformément à votre engagement.
Et vous Monsieur Ayrault, comment concilier le vote de votre groupe à lAssemblée avec les assurances que vous nous donniez dans votre lettre très récente du 24 août 1998 : « jai en particulier pris connaissance de la déclaration commune [de vos organisations] qui y est jointe et puis vous indiquer que jen partage globalement lesprit », alors que nous déclarions : « (...) il convient dinterdire linterconnexion de fichiers au moyen du NIR, entre organismes distincts, et même, au sein dun même organisme si les finalités sont différentes » ? Comment justifiez-vous, sur un point si sensible au regard des droits et libertés des personnes, que votre esprit rencontrât le nôtre en août pour sen détourner en décembre ?
Pour notre part, nous nous souvenons de votre détermination à combattre, en avril 1997, un même projet dinterconnexion des fichiers fiscaux et sociaux présenté par le dernier gouvernement de M. Juppé.
Monsieur Jospin, Monsieur Ayrault, vous ne pouvez, au prétexte dune meilleure efficacité administrative, dailleurs nullement démontrée, abandonner 25 ans de combat démocratique pour la protection des données à caractère personnel.
En retournant la veste des libertés individuelles, vous laisseriez à nu le nécessaire espace de vie privée auquel chaque citoyen a droit.
Au moment où lon célébre le 50ème anniversaire de la déclaration des droits de lhomme, nous vous demandons instamment de renoncer au projet dinterconnexion des fichiers fiscaux et sociaux.
Le numéro de sécurité sociale ne doit pas devenir un numéro dinsécurité sociale !
Alain Weber
(Ligue des Droits de lHomme)
André
Narritsens (Collectif des associations et des syndicats contre la connexion
des fichiers fiscaux et sociaux)
Pierre
Suesser (Collectif pour les droits des citoyens face à l'informatisation
de l'action sociale)
Karl Crochart
(Collectif Informatique, Fichiers et Citoyenneté)