Appel
au Gouvernement et au Parlement pour
une loi qui conjugue informatique et libertés
Ligue
des Droits de l'Homme
Collectif Informatique, Fichiers et Citoyenneté
Collectif pour les droits des citoyens face à l'informatisation de l'action
sociale
Appel
au Gouvernement et au Parlement pour
une loi qui conjugue informatique et libertés
Paris,
le 16 avril 2004
Le Parlement
va examiner en deuxième lecture le projet de loi modifiant la loi informatique
et libertés du 6 janvier 1978.
L’équilibre
qui s’est établi avec la loi de 1978 entre le "progrès informatique"
et la préservation du droit à la vie privée et des libertés
repose notamment sur les principes que sont : la notification des traitements
à l’autorité de contrôle, la loyauté de la collecte
des données, la protection des données dites sensibles, le principe
de finalité des traitements, les droits d’information, de rectification
et d’opposition des personnes, l’existence d’une autorité de contrôle
indépendante.
Nous alertons
sur le risque d’un vote du projet de loi en l’état actuel qui constituerait
un abaissement très sérieux du niveau de protection à l’égard
des traitements de données personnelles.
| C’est
le cas par exemple avec : |
...... |
le principe de dérogation
à toute formalité préalable, prévu lorsque
le responsable d’un traitement nomme un " correspondant aux
données " (art. 22 nouveau du projet de loi). Comment
ce correspondant, employé par le responsable du traitement, pourrait-il
ne pas être juge et partie ? Si cette disposition était
votée, il suffirait de nommer un correspondant aux données
pour s’affranchir de la déclaration des traitements mais aussi,
dans le cas de fichiers susceptibles de porter atteinte aux libertés
fondamentales ou à la vie privée, de la procédure
d’autorisation visant ces traitements. Un tel dispositif ouvrant un vaste
champ de dérogation à toute formalité préalable,
serait de nature à vider largement la future loi de toute dimension
de protection des droits des personnes fichées. |
| |
la disposition permettant
aux personnes morales victimes d’infractions de mettre en œuvre un traitement
des données relatives aux infractions, condamnations et mesures
de sûreté, au nom de la lutte contre la fraude (art. 9 nouveau
du projet de loi). Cela confierait à des personnes morales un droit
de constitution de véritables " casiers judiciaires ",
précédent très dangereux pour les libertés.
|
| Nous
demandons au Parlement de rejeter de telles dérives. |
| Pour
consolider et améliorer les garanties qu’offre la loi actuelle
aux citoyens, nous appelons au contraire le Gouvernement et le Parlement
à adopter les dispositions suivantes : |
...... |
Maintenir le principe
de déclaration préalable de tous les traitements de données
personnelles (art. 22,23 24 nouveaux du projet de loi), a fortiori assurer
un régime d’autorisation préalable pour les traitements
de données susceptibles par leur nature, leur portée ou
leur finalité de porter atteinte aux libertés fondamentales
ou à la vie privée (art. 25, 26 et 27 nouveaux du projet
de loi). |
| |
Élargir la notion
de " données sensibles " (art. 8 nouveau du
projet de loi) aux caractéristiques génétiques des
personnes et aux données sociales et psychiques touchant à
l'intimité de leur vie privée. Faire bénéficier
les traitements de " données sensibles " de
conditions de protection maximales (consentement exprès de la personne,
régime d’autorisation préalable). |
| |
Cantonner le numéro
de Sécurité sociale à ses usages actuels ainsi qu’aux
traitements ayant pour seule fin d’éviter les erreurs d’identité.
|
| |
Encadrer strictement
les interconnexions, rapprochements ou toute autre forme de mise en relation
entre fichiers, sous contrôle de la CNIL, en les faisant réaliser,
s’ils s’avèrent nécessaires, par un organisme indépendant
n’ayant aucun intérêt à ces rapprochements ou connexions.
|
| |
Proscrire toute réutilisation
des données personnelles pour d'autres finalités que celles
qui ont présidé à leur collecte initiale (art. 6
nouveau du projet de loi) et les rendre anonymes pour tout traitement
statistique, scientifique ou historique associé. |
| |
Renforcer la composition
de la CNIL (art. 11 à 21 nouveaux du projet de loi) en y incluant
plus de représentants d'usagers et d'organisations de défense
des droits de l'homme, et lui attribuer des moyens supplémentaires
pour agir en créant des délégations régionales.
|
Nous appelons
la Représentation nationale à reprendre nos propositions et adopter
une loi apte à protéger les droits des citoyens en conjuguant,
demain comme hier, informatique et libertés.
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| Paris,
le 16 avril 2004 |